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Variations sur l'inouï au Festival d'automne
LE MONDE | 22.10.08 | 14h04 • Mis à jour le 22.10.08 | 14h04
Célébré par un cycle de cinq concerts, le compositeur Gérard Pesson (né en 1958) constitue la principale tête d'affiche musicale de l'édition 2008 du Festival d'automne, à Paris. Sa musique, à base de sons émiettés, relève le défi d'une programmation monumentale et témoigne d'une qualité de renouvellement qu'un premier concert donné le 13 octobre par le Quatuor Diotima et l'Ensemble L'Instant Donné au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, a souligné à travers une dizaine d'oeuvres.
La moitié d'entre elles, telles le Quatuor I (Respirez, ne respirez plus) ou le trio à cordes Fureur contre informe, portent la marque de ce créateur enclin à l'expression feutrée voire étouffée. Souvent suggestives, les oeuvres de Pesson traduisent la mort (La Lumière n'a pas de bras pour nous porter) et la vie (Cinq chansons, sur des textes de Marie Redonnet) avec une même candeur feinte. Toutefois, une nouvelle orientation a semblé se dessiner au fil des pièces données en création, Vignette I (pour quatuor à cordes et timbales), Bitume (quatuor II), et surtout Vignette II (pour soprano et ensemble), dans laquelle un percussionniste joue de la fermeture Eclair quand la chanteuse lâche " il a dû travailler dur" ! On savait Pesson pince-sans-rire, le voilà facétieux, dans la veine caustique d'un Mauricio Kagel.
GÉOLOGIE MUSICALE
Mardi 21 octobre, dans l'amphithéâtre de l'Opéra national de Paris-Bastille, Branle du Poitou nous ramène au Pesson d'antan (1997), avec ses multiples strates résultant du passage d'une danse ancestrale au filtre musico- (géo) logique du compositeur. Comme Gérard Pesson, le compositeur Brice Pauset (né en 1965) a fait évoluer son style vers une communication plus directe. Vita Nova (sérénades), superbe page pour ensemble et violon principal, joue avec l'inouï (modernité du collectif) et avec l'inaudible (murmures du soliste).
Trois oeuvres de compositeurs japonais complétaient ce programme tourné vers le silence. Les deux premières sont anecdotiques, simples jeux d'ambiance (Silent Circle de Misato Mochizuki) ou de matière (Vectorial Projection IV - Fireworks, de Chikage Imai). La troisième, In Ajimano de Toshio Hosokawa, réussit une fusion de l'Orient et de l'Occident, rarement entendue en musique contemporaine, avec une chanteuse nippone s'accompagnant au koto et un ensemble guidé par un violoncelle.
Œuvres de Mochizuki, Imai, Hosokawa, Pesson et Pauset, par le Nieuw Ensemble et Yoichi Sugiyama (dir.). Opéra Bastille, Paris. Le 21 octobre.
Pierre Gervasoni
Article paru dans l'édition du 23.10.08
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